EIHS – ECOLE INTERNATIONALE HILDEGARDE DE SOINS

Rue fétide / Hildegarde

La Rue https://fr.wikipedia.org/wiki/Ruta_graveolens

La rue pousse grâce à la forte et pleine viridité de la terre, plutôt que grâce à la chaleur. Elle possède une chaleur modérée et un tout petit peu de froid, mais plutôt de la chaleur ; elle tire de grandes forces de son l’humidité, et est bonne contre les amertumes sèches qui se développent dans une personne chez qui les humeurs normales font défaut. Mais elle est meilleure et plus utile à manger crue qu’en poudre.

Quand on la mange, elle arrête le bouillonnement anormal dans l’homme. Car la chaleur de la rue atténue la chaleur anormale de la bile noire, et modère son froid anormal, si bien que le mélancolique ira mieux s’il en mange après d’autres aliments. Et si quelqu’un a mangé un aliment qui lui fait du mal, qu’il mange de la rue, il aura moins mal.

Un homme qui a les yeux larmoyants, qu’il prenne de la rue, deux fois autant de sauge, et deux fois plus de cerfeuil que de sauge, qu’il écrase doucement ces plantes dans un mortier pour qu’elles rendent un peu de suc, puis qu’il mêle ces plantes à un blanc d’œuf, et, la nuit, quand il va dormir, qu’il mette ce mélange sur son front jusqu’aux tempes. Ces plantes font sortir les mauvaises humeurs qui affectent les yeux, comme si on faisait sortir le jus d’un fruit. C’est que la rue enlève les humeurs, la sauge les dessèche, le cerfeuil guérit les humeurs en fuite. Quant au blanc d’œuf, il a le pouvoir de retenir chacune de ces plantes pour qu’elles ne se dissipent pas sans profit.

Celui qui a les yeux noirs et troublés, comme certains nuages, les yeux obscurcis et douloureux, qu’il prenne de la rue, deux fois autant de miel liquide pur, qu’il y mêle un peu de bon vin clairet, qu’il y trempe de la mie de pain de blé, et l’attache la nuit sur ses yeux avec un bandeau.

Si un homme a mal quelquefois aux reins et aux lombes, cela provient souvent d’une maladie d’estomac. Alors que cet homme prenne de la rue et de l’absinthe en quantités égales, et deux fois plus de graisse d’ours, qu’il écrase le tout ensemble, et ensuite qu’il s’en frotte énergiquement autour des reins et des lombes douloureux, près du feu.

Un homme est parfois si agité par le plaisir, que son sperme arrive au moment de l’éjaculation, et pourtant est retenu dans son corps de quelque façon, ce qui tend à l’affaiblir, qu’il prenne alors de la rue et un peu moins d’absinthe, qu’il en exprime le suc, qu’il ajoute à ce suc du sucre, et plus de miel que de sucre, et autant de vin qu’il y a de ces sucs. Qu’il fasse cuire ce mélange dans une marmite, ou dans une poêle neuve en acier chauffée cinq fois et, après avoir un peu mangé, qu’il avale ce breuvage chaud.

Si c’est l’hiver et qu’il ne puisse pas se procurer ces plantes, qu’il réduise en poudre des baies de laurier, et deux fois plus de dictame, et qu’il boive cela après un léger repas, dans du vin chaud, chauffé sur de l’acier brûlant. Ainsi la lividité pernicieuse qui est restée en lui est évacuée avec l’urine et les excréments.

En été on peut se procurer ces sucs. La chaleur modérée et le froid de la rue, avec la chaleur de l’absinthe, chassent de l’homme les humeurs qui coagulent, et la chaleur du sucre, jointe à celle du miel, guérit ainsi l’homme. Car quand la chaleur du vin, redoublée par celle de l’acier, est modérée par ces sucs, que le tout est réchauffé cinq fois pour devenir plus fort, et pris avec un léger repas pour ne pas s’affaiblir, l’homme ira mieux. Mais en hiver, quand on ne peut avoir le suc de ces plantes, la chaleur des baies de laurier et du dictame est tempérée par la chaleur redoublée du vin, et renforcée par la chaleur renouvelée de l’acier, tout cela chasse, comme on l’a dit, la maladie de l’homme.

Si un homme a mangé quelque chose qui le fait souffrir, qu’il prenne de la rue en y ajoutant le double de sauge, et mange cela assaisonné de sel, aussitôt après cette nourriture, et il ira mieux. C’est que la chaleur modérée de la rue et la chaleur de la sauge, avec l’âpreté du sel, modèrent l’effet de ces aliments.

Note: traduction exclusive à paraître

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